Petit vent fou [Braids | Native Speaker]

19 janvier 2011
Braids | Native Speaker
Flemish Eye 2011| électropicalia pensive

Faut bien re-commencer quelque part.  Et puisque c’est ce Native Speaker, des Ostrogoths relocalisés à Montréal Braids, qui s’offre la première balade sur la moquette rouge de l’année, autant en faire nos choux gras itou, ne serait-ce que parce qu’ils pousseront un peu leur galère jusqu’ici samedi.  [Ça se passe au Cercle ce samedi 22 janvier, et ça risque trop d'être trop captivant pour bumer à la bibliothèque ce soir-là.]

Le voici déjà en pièce détachée :

Sortir de table [Palmarès musique 2010, 2ème partie]

17 décembre 2010

La visite guidée de la musique se poursuit au boudoir et au salon :

(* si la chanson choisie ici diffère de celle diffusée en onde)

Le Boudoir

 Le vieux fauteuil :

1.      Woods : At Echo Lake : « Blood Dries Darker » :

La chaise berçante :

2.      Roky Erickson : True Love Cast Out All Evil : « True Love Cast Out All Evil » :

La soie :

3.      Twin Shadow : Forget : « Castles in the Snow »* :

Le passage vers le salon :

4.      Jamie Lidell : Compass : « I Wanna Be Your Telephone »* :

Le Salon

La serre :

5.      The Budos Band : III : « Rite of the Ancients » :

Le tapis de danse à 23:00 :

6.      Yeasayer : Odd Blood : « O.N.E. » :

Le tapis de danse à 01:00 :

7.      LCD Soundsystem : This Is Happening : « Drunk Girls »* :

Sources d’énergie alternatives :

8.      Of Montreal : False Priest : « Famine Affair » :

 

Karkwa sur l’Illinois

10 décembre 2010

Encore de l’en passant :

http://www.daytrotter.com/dt/karkwa-pop-montreal-session-concert/20054403-110570.html

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Passer à table [Palmarès musique 2010, 1ère partie]

9 décembre 2010

Quelques chaînons incidents pour vous aider à suivre le fil d’Ariane virtuel qui mène d’une pièce à l’autre :

La Chambre rose :

Allo Darlin’, Allo Darlin’, « Dreaming » : 

 

 The School, Loveless Unbeliever, « Let It Slip » : 

 

 La Chambre bleue :

Perfume Genius, Learning, « Learning » :

 

 

La Chambre au grenier :

Glasser, Ring, « Apply » :

 

 

La Chambre au sous-sol :

How to Dress Well, Love Remains, « Ready for the World » :

 

 

Le Garage ; produits toxiques :

Wavves, King of the Beach, « Post Acid » :

Le Garage ; gros chars :

Fang Island, Fang Island, « Daisy » :

Le Garage ; outils lourds :

The Black Keys, « Tighten Up » :

À venir : visite du boudoir, du salon, de la serre et de la cave.

Écran polaire [Beach House | Teen Dream]

5 novembre 2010

Excavation de février 2010 »»»

Beach House | Teen Dream
Sub Pop | janvier 2010 | pop de princesse nordique

Dehors, tout semble appeler la neige.  Les abris Tempo, les pneus d’hiver, les bonnets bien calés sur les têtes.  Bientôt, le raclement des grattes chassera le doux froissement des feuilles et l’on n’aura pas trop de musique pour supporter la douce claustration de l’hiver.

Si, à la veille de la première neige, l’album Teen Dream dispute au passe-montagne et à la catalogne le titre de vecteur de réconfort par excellence, c’est que ce troisième recueil du tandem Beach House ne se contente pas d’envelopper douillettement, mais échafaude tout un pont de glace et offre une flamme soutenue pour traverser en valsant la saison froide.

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À l’envers d’un nom suggérant l’été, la cabane et, en conjonction, la fête, l’univers de Beach House est plus volontiers nocturne, onirique et boréal.  Avec une économie de moyens qui ne se laisse pas deviner l’espace immense qu’occupe la musique, le duo de Victoria Legrand (voix et claviers) et Alex Scally (autre) invoque pourtant des paysages intimes et habitables, réjouissants de manière viscérale, plus solennelle que divertissante (donc un « rejoyce » à l’américaine, comme dans les « prayer meetings »).

Malgré sa poésie criblée de symboles et de vagues échos mystiques, Teen Dream n’a rien d’une expérience cabalistique.  D’un autre monde, certes, mais un qui serait déjà un peu le nôtre, et dans lequel on se glisserait de plus en plus à notre façon propre à chaque écoute, qui ne resterait pas inchangé pour peu qu’on l’explore, qu’on y interpole ici et là quelques balises personnelles.

Et si la plupart des chansons oscillent effectivement entre les voûtes célestes criblées de promesses folles et les abysses peuplés de rêves déchus, il arrive, comme sur « Walk in the Park » ou « Used to Be », que l’on foule le plancher des vaches.  Dans un cas comme dans l’autre, il y a toujours assez d’espace, entre les mots, dans la musique, pour inspirer à ces chansons ce je-sais-quoi qui fait qu’on remet toujours le même disque ou le même pull jusqu’à ce qu’il soit usé à la corde.

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La belle pelisse zébrée qui couvre Teen Dream ouvre la porte sur la première pièce de cet album sans faute, « Zebra », où la voix de Legrand semble plus ample et résonne plus clairement que jamais (un long bout de chemin parcouru depuis l’initiatique et parfois flageolant album éponyme de 2006) malgré une fragilité toujours évidente, de plus en plus envoûtante.  Une délicate ondée de guitare, une batterie palpitant à peine et une brume de clavier servent d’écrin à cet hymne doux-amer qui brille par ses absences, non loin de l’étoile toujours polaire du Velvet Underground & Nico, mais plus près encore de la pop atmosphérique que proposaient les Cocteau Twins au début de la décennie musicale la plus galvaudée (1980).

Si « Silver Soul » semble une mise à jour de la pop psychédélique confessionnelle que portait à bras le corps Mazzy Star il y quelque 20 ans de cela, l’orgue sur « 10 Mile Stereo », le magnum opus d’un album, faut-il s’excuser de le répéter, sublime, est quant à lui psychédélique au sens vespéral, pousse à la transe tandis que la guitare, solennelle comme un violon, la batterie, grandiose comme un roulement de timbales, et une voix avalée par l’espace infini dans lequel elle plonge, font tout ce qui est humainement possible pour nous tirer une larme d’extase.

Petits chef-d’œuvre luxuriants, les chansons qui font de Teen Dream un album à la fois intime et lumineux forcent l’admiration et tissent la meilleure trame sonore possible à un hiver rayonnant.

— ourdi en ondes sur CKRL le 11 novembre 2010

Endiguer le déluge [Deerhunter | Halcyon Digest]

18 octobre 2010

À défaut d’une élection qui chasserait les Conservateurs et la grisaille en octobre :

Deerhunter | Halcyon Digest
4AD | rock fuligineux

Il n’y a pas que le retour de la pluie et de l’insignifiance télévisuelle quotidienne qui fasse déborder nos canaux l’automne.  C’est aussi là que les plus vives couleurs musicales se font entendre.  Ça se bouscule au portillon pour nous émouvoir avant le temps des fêtes et leurs corrélatives listes de fin d’année.  Les grosses boîtes (ré)éditent moult compilations et les moins grosses pointures du biz sortent leurs meilleurs candidats au titre d’album de l’année (toute exception sauve).  Au-dessus du déluge, Halcyon Digest s’érige en passerelle des plus incertaine.  Le plongeon est quasi assuré, mais ceux qui s’y risqueront auront tout à gagner de leur visite de l’Atlantide qu’habite Deerhunter depuis neuf ans.

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La bibitte est dure à épingler.  Elle bouge vite, se métamorphose à souhait, bouffe de tout et se reproduit à un rythme fou.  Si l’on se borne à l’observer dans son milieu primaire (les disquaires) et qu’on la circonscrit à sa forme de quartet à géométrie relativement conventionnelle, dans une période qui s’étendrait de 2007 (Cryptograms) à 2010 (Halcyon Digest), c’est six albums qu’engendre Deerhunter, ce qui est déjà prodigieux.  Mais si l’on étend l’habitat au Web et tient compte des incarnations alternatives (Atlas Sound, Lotus Plaza), on passe à neuf albums, et ce, au surplus des dizaines de chansons éparpillées sur des compilations, cassettes distribuées à quelque occasion spéciale et autres téléchargements offerts intempestivement sur l’hyperactif blog du groupe.  Vu comme ça, avouons-le candidement, on se sent tout de suite mal de n’avoir pas l’épaule à la roue en ce moment même.

Si le groupe – et surtout Bradford Cox, qui en est le noyau dur – n’a rien d’une cigale, il n’a pas plus la ténacité laborieuse de la fourmi.  Disons plutôt l’opiniâtreté (et la fragilité) d’un papillon de nuit à la recherche d’une lumière insolite qui ne brillerait que pour les fous et les lunatiques.

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Aux premières notes d’Halcyon Digest, la nuit se fait fluide amniotique.  La batterie programmée au plus lent rappelle des pulsations matricielles : « Do you recall waking up on a dirty couch/ In a gray fog ? » Les clapotis de guitare s’intensifient, la nuée s’agite, la marée monte, les premiers heurts du réel poignent à l’horizon : « And the gray dog barking down the street/ Columns shake your feet/ Underneath your feet ».  « Earthquake » croule plus qu’elle n’édifie.  On y triture la matière sonore comme pour s’extraire d’une épave, mais la voix de noyé de Cox (« Do  you  think of  me?/ Your long lost friend from the sea ») ne connaît pas l’urgence, ni ne laisse de doute sur l’aptitude de Deerhunter à faire flotter le délicat navire fantôme qu’est Halcyon Digest entre deux eaux.

Si « Sailing », nouvelle ballade maritime, récidive en évoquant merveilleusement la solitude béate d’une dérive à vau-l’eau (« Only fear can make you feel lonely out here/ You learn to accept whatever you can get »), l’album ne laisse pas pour autant en rade les émotions plus carrées.  Le cœur de l’album, « Memory Boy » et « Desire Lines », transforme la barque en hors-bord et lui insuffle une énergie qui gravera un sourire éternel aux amateurs de gouaille décalée à la Lou Reed (en amont) et de riffs bringuebalants à la Strokes (en aval).

Mais c’est en « Revival » qu’on trouve la perle rare de l’album : deux minutes qui enchevêtrent adroitement les sens propre et figuré du terme en fusionnant rockabilly, gospel et glam en un seul trait d’optimisme ravissant (« I’m saved, unscathed! and, could you believe me?/ On the third day, I felt His presence near me »).  Cox s’y fait ardent prédicateur (« Darkness, always, it doesn’t make much sense/Darkened hallways, away from me ») et l’exhortation de sa voix miraculée trouble l’écho trouble du noyé.

Autre moment de grâce, la vaporeuse « Helicopter » nous porte au sommet d’un monde céleste avec sa mélodie si pure et si familière qu’elle semble repiquée au registre de la conscience collective.  Mais la cristalline beauté du paysage sonore accroche, cache, en anamorphose, la figure antagonique de l’optimisme angélique de « Revival » : « Take my hand and pray with me/ My final days in company/ The devil now has come for me/ An helicopter circling the scene ».  Le temps de l’entrevoir que déjà on replonge en vrille piquée dans l’abysse dont on s’était à peine extrait.

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Halcyon Digest oscille donc entre esquisse délicate et charge flamboyante, entre soupir neurasthénique et hymne gonflé, mais n’est pourtant pas bête à deux têtes.  Le passage de l’une à l’autre se fait sans accroc grâce à la griffe de plus en plus distinctive d’un groupe en pleine possession de ses moyens, qui semble tout pouvoir se permettre, et se permet tout, Dieu merci, des plus risqués mariages [entendre la transition de l’endiablée « Coronado » à l’élégiaque « He Would Have Laughed », dédiée à la mémoire de feu Jay Reatard] aux plus simples exercices : le rock garage fuligineux qui fonde toujours sa démarche artistique [notamment sur « Desire Lines » et « Fountain Stairs »].

Après des premiers résultats hasardeux (Turn It Up Faggot en 2005 et Cryptograms en 2007), aux influences trop lourdes (le punk expérimental de Sonic Youth et The Fall),  c’est finalement en trempant sa plume aux sources les plus variées, de My Bloody Valentines à Brian Eno en passant par Stereolab et les susmentionnés Strokes, que Bradford Cox et Cie ont trouvé leur couleur propre, leur unité créative.  Ce qui fait que peu importe le moyen employé – les spirales de guitare, les claviers narcotiques, l’ajout de rares mais toujours justes touches électroniques, jusqu’au saxophone tonitruant à la Roxy Music –, tout concourt à faire d’Halcyon Digest une réussite paradoxalement délicate et solide, une traversée grisante de paysages à la fois familiers et inconnus.

S’enfarger dans les fleurs du tapis du sous-sol

13 octobre 2010

Quelques passerelles utiles et agréables pour ceux qui vont vraiment voir quand on leur donne une adresse :

Benoît Pioulard | Lasted
Kranky | folk post-industriel

 Entendre quelques titres du présent album :

Écouter Sault

Écouter Lasted

Écouter RTO

Puis regarder un vidéo du pénultième :

Deerhunter | Halcyon Digest
4AD | rock fuligineux

Entendre quelques extraits du présent album :

http://www.deezer.com/fr/music/deerhunter#music/deerhunter/halcyon-digest-659382

Écouter et voir plus attentivement la cristalline beauté d’« Helicopter » :

À qui de droit,

Salut.

Le premier cheveu blanc [The Walkmen | Lisbon]

7 octobre 2010

Ivresse tranquille de septembre :

The Walkmen | {Lisbon}
Fat Possum | odes garage

Depuis qu’on n’a plus vingt ans, on se dit qu’un jour, ça y sera : malgré tous nos beaux efforts de tonification auditive, liftings tendanciels et mise à jour lexicales — qui ne rêve pas d’entendre les palpitations originelles du dream-beat, d’être aux premières loges de la haunted house, de plonger tête baissée dans la chillwave, de boire jusqu’à la lie le calice du no-fi ? —, la ringardise nous ira comme une vieille pantoufle.  Il faudra alors faire attention à nos pauvres tympans, grimacer à l’idée même d’une musique non encore connue et trouver que, franchement, ça allait bien mieux dans le temps où tout ce qui grattait guitare s’appelait béatement rock n’ roll.

Or, en dépit (ou Certes, peut-être à cause) de l’appel tonitruant à la fraîcheur que lance la rentrée, c’est dans mon vieux fauteuil élimé aux accoudoirs que je suis tombé, et ma main s’est posée, comme par hasard, sur l’exemplaire des Méditations qui traînait (justement) sur le guéridon, ma pipe s’est alors enfumée toute seule.  C’est alors que l’âtre orangeoyant m’a murmuré qu’il fallait choisir les Walkmen pour la présente chronique musicale.

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Un jour les Walkmen ont été neufs pour moi.  C’était à l’aube des années 2000 ; la fin d’une ère, le début d’une nouvelle, aurait-on pu dire si ça avait eu quelque sens.  Chose sûre : toute musique qui avait l’air de sortir d’un garage me faisait piaffer de plaisir.  Et les Walkmen on débarqué à ce moment, juste à temps, entre un set irrépressible des négligés French Kicks et ma réconciliation avec les outranciers Strokes, qui brossaient le paysage musical avec les teintes glauques du post-punk et les lavis de synthés de la new-wave.

Fruit d’une étincelle qui réduisit deux groupes parents, Recoys et Jonathan Fire-Eater, en cendres, les Walkmen essuient une première salve d’acclamations avec Everyone Who Pretended to Like Me Is Gone, qui charme les plus conquis jusqu’aux plus rébarbatifs critiques par une maturité sonore peu commune : capables de déchaîner l’enfer comme tous leurs concitoyens new-yorkais de l’époque [entendre le titre éponyme], ils développaient par ailleurs un goût marqué pour la subtilité et savaient déjà retenir leur fougue pour créer de petits morceaux de bravoure intime, mieux révélés par le crépitement d’une simple caisse claire que par le tonnerre de tout l’arsenal de la batterie, par le scintillement d’un piano que les bourrasques des guitares électriques.  [Essayer « Stop Talking », c’est s’en convaincre.]

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Quelque neuf ans plus tard, on retrouve toutes ces qualités, bonifiées.  Comme un bon vin, les Walkmen vieillissent extrêmement bien, et c’est en pleine possession de leurs moyens qu’ils nous convient à ce 6ème chapitre de leur œuvre, Lisbon (à moins que ce ne soit le 5ème – si on omet Pussy Cats, une reprise note pour note d’un album qu’ont cosigné Harry Nilsson et John Lennon lors d’un délire éthylique en 1974).  Les qualités cultivées par le quintet depuis 15 ans et davantage de partenariat musical (pas si anecdotiquement que ça, les cinq membres se connaissent depuis la prime enfance) se développent comme les arômes d’un nectar précieux, s’affinent avec l’âge.

Dans sa phase lunaire, l’orbe des Walkmen donne à entendre des ballades nocturnes d’une rare acuité poétique.  Celles-ci ont tranquillement remplacé les rengaines cyniques des débuts ; une sorte de sérénité agressive a chassé l’amertume quelque peu forcée des premiers pas et nous livre les fruits d’un regard saturnien pénétrant, mais tout en retenue, que n’auraient pas dédaigné les maîtres en la matière, soit Dylan et Cohen (dont le groupe se réclame ouvertement aujourd’hui [comme en témoigne la chatoyante « While I Shovel the Snow »], là où hier encore on parlait plutôt de Joy Division et Pixies).

On empoigne les Walkmen par le cou comme la bouteille de vin des veillées mélancoliques qui fait, chanson après chanson, gorgée par gorgée, paraître l’ivresse bien supérieure à la lucidité.

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La trajectoire qui mène les Walkmen à Lisbon possède également une part solaire, toute d’énergie et de lumière.  Bien plus discrète ici qu’elle ne l’a jamais été, elle fait des étincelles à trois reprises seulement [la rageuse « Angela Surf City » en tête], mais ancre solidement un album qui, sans ces passages tumultueux, aurait fini par caler à force de contemplation.

Les chants triomphateurs ne manquent pas, peu importe leur couleur (le gris ou l’orangé), et si on n’y prenait garde, on se croirait pris dans une rafale d’optimisme sur des titres comme « Follow the Leader », « Victory », « All My Great Designs », et « Torch Song ».  Mais si les 11 chansons ne manquent certes pas d’air, l’ironie et l’angoisse ne manquent pas de cingler l’auditeur naïf : « Mine is yours / Yours is yours / Life goes on / on around you » [sur la sus-listée « Angela Surf City »].  Sur « Victory », il ne saurait être question de revamper le « We Are the Champions » de Queen, mais bien de passer à côté, encore et encore.  Enfin, sur « Woe Is Me », bijou de dérision, Hamilton Leithauser chante avec le rictus dylanesque approprié « There’s a girl that you should know/She was mine not so long ago » sur un air de rockabilly pimpant tout droit sorti des studios Sun [« Ready, set, go, man, go/I got a gal that I love so! »].

Lisbon scelle finalement le fruit d’une des associations les plus fertiles du rock actuel sans jamais pousser le bouchon trop loin ni laisser couler de lassitude une liqueur autrement précieuse.  Périlleux exercice d’équilibrisme entre désillusion et exaltation, on en sort, si on en sort, victorieux de la plus belle manière : vaincu, élégant, attendant plus sereinement la prochaine défaite.

{Les Walkmen seront en concert ce vendredi 8 octobre au Cabaret Juste pour Rire à Montréal.}

— partagé sur CKRL le 30 septembre dernier

La photographie, d’ailleurs

28 septembre 2010

De toutes les tortures de la rentrée, la plus raffinée est certainement d’entendre un collègue égrainer ses souvenirs de voyage pour la énième fois pendant qu’on casse la croûte.  Pour ma part, la piqûre fut toujours plus vive : à l’exception de quelques missions économiques dans l’Ouest et de fréquents retours aux origines dans le département de Portneuf, j’ai peu grouillé, et les preuves de conquêtes héroïques de pays étrangers m’ont toujours fait rêver un peu amèrement.  Peut-être parce que pressentant la terrible Crise économique de 2008 quelque 10 ans avant son avènement, j’ai repoussé trop longtemps le grand départ et mes étagères à souvenirs sont restées vierges, sinon de poussière locale.

Or, depuis cet été, je n’ai plus rien à envier à ma vieille Némésis Carmen Santiago et puis dire que mon existence de globe-trotter se divise entre Québec et le monde ; et des souvenirs, j’en ai à ne plus savoir qu’en faire, si bien que, ému par cette opulence nouvelle, j’ai cru bon d’en donner un à la Science.

Prenez cette photo, oui oui, celle-ci, prise de ma main (fait authentifié par le doigt qui apparaît au coin du cliché ; vérifiez les empreintes, c’est bien moi qui ne fais qu’une bouchée de toutes les nuances de blanc contenues par les Alpes, de toute la Philosophie derrière le fronton en récession du Parthénon, de toute la misère contenue dans ce barbelé d’Auschwitz).  Disséquons-la sans épargner un pixel, dussions-nous grafigner un peu ma propre personne photogénique (quel galbe de l’auriculaire!) au passage.

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Le voyage est avant toute chose dépense folle de tous nos moyens : dépense de temps (loisir), dépense d’énergie (activité) et bien sûr dépense d’argent (luxe – il n’est pas nécessaire).

Les photos de voyage ont quant à elles pris le contre-pied de cette réalité : elles sont devenues investissement ; de ceux qui se présentent comme un impératif, comme la planification de sa retraite.  Vous défiler de cette obligation ? Y pensez-vous ! Irresponsable, que restera-t-il de votre périple ?

Première conséquence perverse de ce culte du cliché exotique, plus particulièrement vraie depuis l’essor du numérique, avec le débit souvent torrentiel des photos, les souvenirs de voyage perdent beaucoup de leur valeur.  Simple principe des vases communicants de l’offre et de la demande : plus les déclics se font rares, plus l’expérience vécue sera précieuse, pour soi-même et pour autrui.

La photo progresse d’ailleurs si bien sur ce terrain économique qu’elle s’accapare le vocabulaire qui s’y rattache : elle permet de s’approprier des lieux, des personnes, des événements.  Elle chiffre les escales effectuées, les rencontres, les moments forts d’un voyage.  Elle se produit comme un certificat, un gage qui authentifie la valeur de nos vacances.  Finalement, elle est garantie de bons moments futurs : on laisse tout simplement fructifier sous les voûtes sombres d’un coffre son capital-souvenirs, et on en obtiendra des bénéfices sûrs lors d’un retrait lointain.

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Mais un deuxième registre lexical s’impose plus brutalement encore, celui de la guerre.  Car la photo se fait aussi capture, prise (en anglais, on shoot), et l’on n’est alors satisfait que lorsqu’on a conquis le territoire étranger (du souvenir) par l’image.

Lorsque j’investis un lieu jugé stratégique pour camper mon souvenir, mon regard aiguisé cherche instinctivement son point fort.  J’en contourne les failles, puis établis ma position, choisis un angle d’attaque, vise et appuie enfin sur le déclencheur.  Veni, vidi, vici, comme tant d’autres j’ai pris d’assaut la Bastille, j’ai sonné la charge contre la Muraille de Chine, j’ai assujetti l’Indigène.  Le touriste photographe n’est pas allé recevoir, il est venu prendre.

La photo se charge alors pour nous de rediviser le territoire annexé (pour nous permettre de mieux y régner), de le purger à notre gré des éléments rebelles : grâce à elle on réécrit l’histoire pour gommer les passages douloureux ou honteux, glorifier les moments où la fortune nous sourit.  On se fait sa petite propagande, qu’on finit par connaître par cœur, et par croire comme étant le seul voyage qui ait eu lieu.

Mais en mettant au pas le souvenir, en le rendant toujours disponible, enchaîné, la photo en brise inévitablement le caractère propre : comme un collectionneur de papillon qui leur brise les ailes pour mieux les contempler.  Ainsi, presque toujours, on soumet les souvenirs plutôt que de les rendre habitables : mettez-y toute la prouesse que vous voudrez, une mer turquoise photographiée n’est jamais que l’information d’une mer turquoise (photographiée), sans le vertige de son champ insondable, l’envoûtement de ses flots, la douce brûlure de son sel, etc.  Or, c’est un peu tout ça qui disparaît lorsqu’on la ramène à un cadre, une luminosité, un grain.

La photographie épuise plus souvent son sujet qu’elle ne le concentre.  Or, ironiquement, sans photo, on vit dans la crainte de l’oubli.  Et peut-être est-ce la peur qui nous pousse à froisser si résolument l’expérience éphémère au profit de l’épreuve certaine.

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Le paradoxe a déjà été établi mille fois, faisant de lui un autre cliché : photographier, c’est passer à côté de la vie (comme bien d’autres activités comme raconter, jouer, aimer).  Il me semble qu’il y a toujours lieu de poser la photographie comme un art riche de sens (par exemple en en faisant une expérience, et non un succédané), qu’on se trompe en statuant qu’il existe deux vases communicants absolument inconciliables en un même instant : le vécu et le vu (qu’on doit choisir : acteur ou témoin), et qu’adopter l’un, c’est exclure l’autre.  Ici, la photo ne serait qu’un moyen absurde, puisqu’il rendrait sa fin, le souvenir, impossible.

Au contraire, les fils de l’expérience et de la distance (esthétique, réflexive ou autre) sont indissociables, et s’entrecroisent forcément pour tisser un moment plus ou moins riche.  Si l’un d’eux faiblit trop, c’est toute la trame qui se déchire sous le poids de recul trop lourd ou s’effiloche sans le support de l’esprit.  Donc, on peut bel et bien se délester volontairement d’expérience si l’on attend qu’elle advienne dans les tranchées de la boîte noire, si l’on débite trop lourdement sur le vécu pour investir dans le souvenir.

Même à plus petite échelle (posons le débit raisonnable d’une photo par jour), en faisant le gain d’un récit partagé (d’une histoire) au gré des épreuves, on démystifie toujours l’expérience du voyage.  Au fur et à mesure que le récit se fige en une version officielle, photoshopée®, racontée à tous d’une manière de moins en moins souple, les émotions, à force d’être usées, se taisent, les impressions deviennent de vagues mots, les aventures se racontent lassement.  Et les images, plutôt que de permettre d’habiter le souvenir, le rendent vulgairement visitable.

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Finalement, passer son voyage à prendre des photos, c’est le vivre a posteriori, par et pour l’instant où l’on s’en souviendra.  Tous les temps de la vie s’y bousculent, ne trouvent plus leur place : en construisant à chaque instant son souvenir, le présent se déguise en passé, auquel seul l’avenir donnera un sens.  Si on voyage ainsi pour mieux se rappeler son voyage, mais que ce faisant, on oublie momentanément de le vivre pour ce qu’il est, on est en droit de se demander à quoi ça tient.  Et les souvenirs, coquilles à demi vides, déjà accumulent la poussière locale sur la tablette.

CKRL, le 13 septembre 2010

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[N.B. Les 3 premières illustrations de cet article (dont le cadre apparaît) sont du photographe néerlandais Roger Cremers, gagnant du World Press 2008 dans la catégorie « Art et Divertissement » pour ses photos de touristes visitant le camp de concentration d'Auschwitz.  La dernière provient de la série Invisible Self-Portraits d'Ellen Harvey, 2007]

En ville sans ma voiture : grosse corvette

13 septembre 2010

Vous en êtes-vous rendu compte, ce mois de septembre, comme bien d’autres avant lui, en est un de tous les transports ?  D’abord, la fin de l’été sonne l’alarme de tous les chantiers : essayez de vous déplacez en ville sans en rencontrer un.  Puis, la rentrée amène un flux persistant des lits aux pupitres ou aux bureaux, et vice versa.  Enfin, pour contester ou célébrer le génie du Transport, on a sacré quelques jours en fin de septembre « semaine des transports collectifs et actifs ».

Derrière cette énième « semaine de quelque chose » se trament des activités militantes telles que forum pour les convertis, distribution aux quatre vents de brochures bien-pensantes, squat de six espaces de stationnement (oui, six espaces individuels !), et pour clore, une énième « journée sans quelque chose », ici la voiture, qui ravit quelques mètres d’une rue inutile aux automobilistes hors des heures de pointes.

Pas entendu parler ?  Pas vu ces curieux rites païens ?  Ça tombe bien, on ne veut justement pas vous déranger dans vos habitudes, que ce soit en vous barrant la route entre votre demeure de Stoneham et votre bureau sur la colline parlementaire ou encore en vous rappelant qu’au rythme où s’accroît le parc automobile au Québec, on se dirige tout droit dans le ravin si on n’étouffe pas avant.

Oubliez, tant qu’à y être, qu’en suivant notre exemple, les Chinois n’auraient pas assez de toutes les routes de la Terre – trottoirs inclus – pour garer leurs engins.  Qu’à Mexico City, on oblige les automobilistes à remiser leur voiture une journée sur deux pour atténuer un peu l’expansion du plus gros dôme de smog au monde.

Vous déranger ?  Y pensez-vous !  Circulez : la lumière est verte.

On entend déjà les bulletins de circulation de fin d’après-midi : circulation fluide, sauf les ordinaires congestions aux principales artères et sorties de la ville.  Oh ! et, quelque part entre Charest et la côte d’Abraham, la ringardise surannée des Lost Fingers en bruit de fond.

Ouf, on l’aura échappée belle : Encore un accident de conscience collective désamorcé : le bouchon bien enfoncé, tout est stable.

Accès Transports Viables (ATV), organisme aux intentions parfaitement louables, nous organise cette belle semaine à l’image de la ville : vue du pare-brise lorsqu’on se retrouve pare-choc à pare-choc durant une heure : on la traverse sans la voir, parce qu’elle n’a pas été invitée.  [Note à part : « Inviter » est le vocable poli qu’ont trouvé les rhéteurs de la bonne cause pour éviter la comparaison avec les anarchistes, les étudiants socialistes ou tout autre empêcheur de tourner en rond.]

Certes, on ne vit pas tous en ville, mais à tout le moins elle nous fait tous vivre.  On respire en elle, on travaille pour elle ou par elle, on y prospère et on y prolifère.  Pourtant, loin d’être le lieu de rencontre qu’il devrait être, le centre-ville de Québec demeure pour beaucoup une sorte de matrice abstraite (prenez par exemple le cas de quelqu’un qui habite l’Île d’Orléans et travaille au Parc technologique), un passage obligé quotidien, voire un pis aller.

Le trafic aberrant pour le nombre record de tronçons routiers à gros débit au prorata témoigne de cette relation superficielle et désincarnée qu’ont la plupart des habitants de Québec avec leur centre-ville.  « En ville sans ma voiture » aurait pu être l’occasion de mieux comprendre cette ville, peut-être même de la vivre autrement, au lieu de quoi on nous sert un cocktail sans surprise de beaux discours, d’exemples éloquents venus d’ailleurs, d’ateliers divers et de spectacles de circonstance.  Le tout offert à une poignée de prosélytes qui a du loisir un après-midi de semaine : sûrement pas le père de famille qui fait du 9 à 5 et qui doit traverser le centre-ville pour aller chercher son enfant à la garderie de Val-Bélair ½ heure plus tard.

En fait, de tous les problèmes urbains : pauvreté, crime, gestion des déchets, etc., le trafic est celui qui affecte le plus de gens et qui, pourtant, mobilise le moins.  En fait, contrairement aux précédents problèmes, il est plutôt vu comme un mal nécessaire.

À propos, vous connaissez peut-être cette métaphore de la grenouille dans l’eau chaude : qu’on l’y mette directement, elle se brûle et s’en extirpe immédiatement.  Mais si on la met dans l’eau tiède et qu’on augmente tranquillement la température, la grenouille reste et accepte le changement jusqu’à mourir ébouillantée.

Vous me voyez venir : avec un peu de recul, qui aurait accepté de respirer tant de pollution quotidiennement, de risquer tant de fois sa vie et celle de ses proches dans le trafic, de soutenir tant de bruit, de subir tant de rage et de stress, globalement, systématiquement ?

Pourtant, si on se contente de fermer la rue St-Joseph sans déranger personne, pour amuser (conscientiser ?) quelques passants, c’est pas demain la veille qu’on va sortir du fossé le dialogue entre piéton, cycliste, automobiliste et autres usagers de la route.

50 ans d’implantation de la voiture dans notre quotidien jusqu’à faire de nos villes des passoires à voitures, ça ne se corrigera pas à coup de « y faudrait ben » et d’« invitations ».

Sur une échelle de 1 à 10 ; 1 étant la chaîne de montage et 10, la chaîne de trottoir, c’est-à-dire entre le discours « libertarien » du « tout-à-l’auto » et la quasi-absence de discours philosophique sur nos modes de transport, je situerais le ramassis de bonnes intentions chiffrées qu’on nous a concocté à ATV à 5.  5, C.-À-D. bien campé sur les rails imaginaires du réalisme pragmatique de gauche, où l’on tente de détourner le discours de droite (pro-économie, pro-santé, pro-qualité de vie) vers une voie mitoyenne où la voiture céderait un peu d’espace au tramway, au TGV, au vélo, à l’autobus, au piéton, etc. ; et à partir de là, on espère pieusement que de petits changements amèneront de plus en plus de gens à agir et à penser différemment, et ultimement à de grands bonds dans la conscience publique.

Rien de mal là-dedans bien sûr, et comme le poncif le veut, personne n’est contre la vertu.  Le problème, c’est qu’à cette allure, la situation s’empirera longtemps avant d’être meilleure : il y aura de plus en plus de smog à Québec, de maladies liées à la pollution atmosphérique, de rage au volant, et bien sûr de bouchons de circulation.  Bref, le ravin arrive bien avant la belle courbe politique que nous dessine ATV.

« En ville sans ma voiture », c’est comme prendre une journée de congé alors qu’on frise le burn out ou faire une sieste pour guérir une psychose.

Certainement, du haut de leur tour de bonne volonté, ATV – et AMT à Montréal – vous diront qu’ils ont adopté une stratégie positive, ouverte et constructive.  Mais derrière les invitations volontaires et la politique molle, on conçoit le problème de la voiture – plus particulièrement en ville – comme contournable, à l’instar des activités présentées par cet organisme bienveillant.

On se targue que 92 % de la population de Québec a « entendu parler » de l’événement l’an dernier, mais quand bien même toute la province était d’accord sur le fait qu’il faudrait ben faire quelque chose, ça ne créerait pas le début d’un consensus.

Sondez plutôt vos cœurs : qui est intéressé à brader la commodité, la liberté et la puissance qu’offre l’automobile contre une promesse un peu abstraite de santé (« de toute façon, je m’entraîne trois soirs/semaine »), de qualité de vie (« s’ils n’aiment pas ça, la ville, qu’ils aillent vivre en banlieue eux aussi ») et de convivialité (« j’aime mon pays, mon voisin je l’haïs », comme Richard Desjardins le faisait dire au « gars qui a réussi ») ?  Pas grand monde en vérité.

Pire, les événements du genre « En ville sans ma voiture », tels qu’ils sont, tricotés de vœux pieux, justifient plus qu’ils ne la contestent la nécessité automobile en mettant la pédale douce sur la réalité fondamentale : la voiture, en ville ou ailleurs, et de quelque façon qu’on la conçoive, porte atteinte à presque tous les droits fondamentaux de ceux qui, généralement ou momentanément, n’y sont pas ; ainsi qu’à ceux qui y sont d’ailleurs.  Pollution, stress, apathie, bruit, danger physique, agressivité, solitude, impossibilité de circuler, hideur esthétique (échangeurs au centre-ville, autoroute qui traverse un quartier résidentiel), c’est cher payer les rares occasions d’indépendance qu’elle apporte.  Et pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, engager le débat en allant dans le sens du trafic, c’est contribuer à l’engorgement de la (bonne) conscience collective et à l’enracinement du mythe de l’auto.


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