Petit vent fou [Braids | Native Speaker]

19 janvier 2011
Braids | Native Speaker
Flemish Eye 2011| électropicalia pensive

Faut bien re-commencer quelque part.  Et puisque c’est ce Native Speaker, des Ostrogoths relocalisés à Montréal Braids, qui s’offre la première balade sur la moquette rouge de l’année, autant en faire nos choux gras itou, ne serait-ce que parce qu’ils pousseront un peu leur galère jusqu’ici samedi.  [Ça se passe au Cercle ce samedi 22 janvier, et ça risque trop d’être trop captivant pour bumer à la bibliothèque ce soir-là.]

Le voici déjà en pièce détachée :

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Sortir de table [Palmarès musique 2010, 2ème partie]

17 décembre 2010

La visite guidée de la musique se poursuit au boudoir et au salon :

(* si la chanson choisie ici diffère de celle diffusée en onde)

Le Boudoir

 Le vieux fauteuil :

1.      Woods : At Echo Lake : « Blood Dries Darker » :

La chaise berçante :

2.      Roky Erickson : True Love Cast Out All Evil : « True Love Cast Out All Evil » :

La soie :

3.      Twin Shadow : Forget : « Castles in the Snow »* :

Le passage vers le salon :

4.      Jamie Lidell : Compass : « I Wanna Be Your Telephone »* :

Le Salon

La serre :

5.      The Budos Band : III : « Rite of the Ancients » :

Le tapis de danse à 23:00 :

6.      Yeasayer : Odd Blood : « O.N.E. » :

Le tapis de danse à 01:00 :

7.      LCD Soundsystem : This Is Happening : « Drunk Girls »* :

Sources d’énergie alternatives :

8.      Of Montreal : False Priest : « Famine Affair » :

Karkwa sur l’Illinois

10 décembre 2010

Encore de l’en passant :

http://www.daytrotter.com/dt/karkwa-pop-montreal-session-concert/20054403-110570.html

– 58 –

Passer à table [Palmarès musique 2010, 1ère partie]

9 décembre 2010

Quelques chaînons incidents pour vous aider à suivre le fil d’Ariane virtuel qui mène d’une pièce à l’autre :

La Chambre rose :

Allo Darlin’, Allo Darlin’, « Dreaming » : 

 

 The School, Loveless Unbeliever, « Let It Slip » : 

 

 La Chambre bleue :

Perfume Genius, Learning, « Learning » :

 

 

La Chambre au grenier :

Glasser, Ring, « Apply » :

 

 

La Chambre au sous-sol :

How to Dress Well, Love Remains, « Ready for the World » :

 

 

Le Garage ; produits toxiques :

Wavves, King of the Beach, « Post Acid » :

Le Garage ; gros chars :

Fang Island, Fang Island, « Daisy » :

Le Garage ; outils lourds :

The Black Keys, « Tighten Up » :

À venir : visite du boudoir, du salon, de la serre et de la cave.

S’enfarger dans les fleurs du tapis du sous-sol

13 octobre 2010

Quelques passerelles utiles et agréables pour ceux qui vont vraiment voir quand on leur donne une adresse :

Benoît Pioulard | Lasted
Kranky | folk post-industriel

 Entendre quelques titres du présent album :

Écouter Sault

Écouter Lasted

Écouter RTO

Puis regarder un vidéo du pénultième :

Deerhunter | Halcyon Digest
4AD | rock fuligineux

Entendre quelques extraits du présent album :

http://www.deezer.com/fr/music/deerhunter#music/deerhunter/halcyon-digest-659382

Écouter et voir plus attentivement la cristalline beauté d’« Helicopter » :

À qui de droit,

Salut.

Le premier cheveu blanc [The Walkmen | Lisbon]

7 octobre 2010

Ivresse tranquille de septembre :

The Walkmen | {Lisbon}
Fat Possum | odes garage

Depuis qu’on n’a plus vingt ans, on se dit qu’un jour, ça y sera : malgré tous nos beaux efforts de tonification auditive, liftings tendanciels et mise à jour lexicales — qui ne rêve pas d’entendre les palpitations originelles du dream-beat, d’être aux premières loges de la haunted house, de plonger tête baissée dans la chillwave, de boire jusqu’à la lie le calice du no-fi ? —, la ringardise nous ira comme une vieille pantoufle.  Il faudra alors faire attention à nos pauvres tympans, grimacer à l’idée même d’une musique non encore connue et trouver que, franchement, ça allait bien mieux dans le temps où tout ce qui grattait guitare s’appelait béatement rock n’ roll.

Or, en dépit (ou Certes, peut-être à cause) de l’appel tonitruant à la fraîcheur que lance la rentrée, c’est dans mon vieux fauteuil élimé aux accoudoirs que je suis tombé, et ma main s’est posée, comme par hasard, sur l’exemplaire des Méditations qui traînait (justement) sur le guéridon, ma pipe s’est alors enfumée toute seule.  C’est alors que l’âtre orangeoyant m’a murmuré qu’il fallait choisir les Walkmen pour la présente chronique musicale.

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Un jour les Walkmen ont été neufs pour moi.  C’était à l’aube des années 2000 ; la fin d’une ère, le début d’une nouvelle, aurait-on pu dire si ça avait eu quelque sens.  Chose sûre : toute musique qui avait l’air de sortir d’un garage me faisait piaffer de plaisir.  Et les Walkmen on débarqué à ce moment, juste à temps, entre un set irrépressible des négligés French Kicks et ma réconciliation avec les outranciers Strokes, qui brossaient le paysage musical avec les teintes glauques du post-punk et les lavis de synthés de la new-wave.

Fruit d’une étincelle qui réduisit deux groupes parents, Recoys et Jonathan Fire-Eater, en cendres, les Walkmen essuient une première salve d’acclamations avec Everyone Who Pretended to Like Me Is Gone, qui charme les plus conquis jusqu’aux plus rébarbatifs critiques par une maturité sonore peu commune : capables de déchaîner l’enfer comme tous leurs concitoyens new-yorkais de l’époque [entendre le titre éponyme], ils développaient par ailleurs un goût marqué pour la subtilité et savaient déjà retenir leur fougue pour créer de petits morceaux de bravoure intime, mieux révélés par le crépitement d’une simple caisse claire que par le tonnerre de tout l’arsenal de la batterie, par le scintillement d’un piano que les bourrasques des guitares électriques.  [Essayer « Stop Talking », c’est s’en convaincre.]

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Quelque neuf ans plus tard, on retrouve toutes ces qualités, bonifiées.  Comme un bon vin, les Walkmen vieillissent extrêmement bien, et c’est en pleine possession de leurs moyens qu’ils nous convient à ce 6ème chapitre de leur œuvre, Lisbon (à moins que ce ne soit le 5ème – si on omet Pussy Cats, une reprise note pour note d’un album qu’ont cosigné Harry Nilsson et John Lennon lors d’un délire éthylique en 1974).  Les qualités cultivées par le quintet depuis 15 ans et davantage de partenariat musical (pas si anecdotiquement que ça, les cinq membres se connaissent depuis la prime enfance) se développent comme les arômes d’un nectar précieux, s’affinent avec l’âge.

Dans sa phase lunaire, l’orbe des Walkmen donne à entendre des ballades nocturnes d’une rare acuité poétique.  Celles-ci ont tranquillement remplacé les rengaines cyniques des débuts ; une sorte de sérénité agressive a chassé l’amertume quelque peu forcée des premiers pas et nous livre les fruits d’un regard saturnien pénétrant, mais tout en retenue, que n’auraient pas dédaigné les maîtres en la matière, soit Dylan et Cohen (dont le groupe se réclame ouvertement aujourd’hui [comme en témoigne la chatoyante « While I Shovel the Snow »], là où hier encore on parlait plutôt de Joy Division et Pixies).

On empoigne les Walkmen par le cou comme la bouteille de vin des veillées mélancoliques qui fait, chanson après chanson, gorgée par gorgée, paraître l’ivresse bien supérieure à la lucidité.

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La trajectoire qui mène les Walkmen à Lisbon possède également une part solaire, toute d’énergie et de lumière.  Bien plus discrète ici qu’elle ne l’a jamais été, elle fait des étincelles à trois reprises seulement [la rageuse « Angela Surf City » en tête], mais ancre solidement un album qui, sans ces passages tumultueux, aurait fini par caler à force de contemplation.

Les chants triomphateurs ne manquent pas, peu importe leur couleur (le gris ou l’orangé), et si on n’y prenait garde, on se croirait pris dans une rafale d’optimisme sur des titres comme « Follow the Leader », « Victory », « All My Great Designs », et « Torch Song ».  Mais si les 11 chansons ne manquent certes pas d’air, l’ironie et l’angoisse ne manquent pas de cingler l’auditeur naïf : « Mine is yours / Yours is yours / Life goes on / on around you » [sur la sus-listée « Angela Surf City »].  Sur « Victory », il ne saurait être question de revamper le « We Are the Champions » de Queen, mais bien de passer à côté, encore et encore.  Enfin, sur « Woe Is Me », bijou de dérision, Hamilton Leithauser chante avec le rictus dylanesque approprié « There’s a girl that you should know/She was mine not so long ago » sur un air de rockabilly pimpant tout droit sorti des studios Sun [« Ready, set, go, man, go/I got a gal that I love so! »].

Lisbon scelle finalement le fruit d’une des associations les plus fertiles du rock actuel sans jamais pousser le bouchon trop loin ni laisser couler de lassitude une liqueur autrement précieuse.  Périlleux exercice d’équilibrisme entre désillusion et exaltation, on en sort, si on en sort, victorieux de la plus belle manière : vaincu, élégant, attendant plus sereinement la prochaine défaite.

{Les Walkmen seront en concert ce vendredi 8 octobre au Cabaret Juste pour Rire à Montréal.}

— partagé sur CKRL le 30 septembre dernier

La photographie, d’ailleurs

28 septembre 2010

De toutes les tortures de la rentrée, la plus raffinée est certainement d’entendre un collègue égrainer ses souvenirs de voyage pour la énième fois pendant qu’on casse la croûte.  Pour ma part, la piqûre fut toujours plus vive : à l’exception de quelques missions économiques dans l’Ouest et de fréquents retours aux origines dans le département de Portneuf, j’ai peu grouillé, et les preuves de conquêtes héroïques de pays étrangers m’ont toujours fait rêver un peu amèrement.  Peut-être parce que pressentant la terrible Crise économique de 2008 quelque 10 ans avant son avènement, j’ai repoussé trop longtemps le grand départ et mes étagères à souvenirs sont restées vierges, sinon de poussière locale.

Or, depuis cet été, je n’ai plus rien à envier à ma vieille Némésis Carmen Santiago et puis dire que mon existence de globe-trotter se divise entre Québec et le monde ; et des souvenirs, j’en ai à ne plus savoir qu’en faire, si bien que, ému par cette opulence nouvelle, j’ai cru bon d’en donner un à la Science.

Prenez cette photo, oui oui, celle-ci, prise de ma main (fait authentifié par le doigt qui apparaît au coin du cliché ; vérifiez les empreintes, c’est bien moi qui ne fais qu’une bouchée de toutes les nuances de blanc contenues par les Alpes, de toute la Philosophie derrière le fronton en récession du Parthénon, de toute la misère contenue dans ce barbelé d’Auschwitz).  Disséquons-la sans épargner un pixel, dussions-nous grafigner un peu ma propre personne photogénique (quel galbe de l’auriculaire!) au passage.

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Le voyage est avant toute chose dépense folle de tous nos moyens : dépense de temps (loisir), dépense d’énergie (activité) et bien sûr dépense d’argent (luxe – il n’est pas nécessaire).

Les photos de voyage ont quant à elles pris le contre-pied de cette réalité : elles sont devenues investissement ; de ceux qui se présentent comme un impératif, comme la planification de sa retraite.  Vous défiler de cette obligation ? Y pensez-vous ! Irresponsable, que restera-t-il de votre périple ?

Première conséquence perverse de ce culte du cliché exotique, plus particulièrement vraie depuis l’essor du numérique, avec le débit souvent torrentiel des photos, les souvenirs de voyage perdent beaucoup de leur valeur.  Simple principe des vases communicants de l’offre et de la demande : plus les déclics se font rares, plus l’expérience vécue sera précieuse, pour soi-même et pour autrui.

La photo progresse d’ailleurs si bien sur ce terrain économique qu’elle s’accapare le vocabulaire qui s’y rattache : elle permet de s’approprier des lieux, des personnes, des événements.  Elle chiffre les escales effectuées, les rencontres, les moments forts d’un voyage.  Elle se produit comme un certificat, un gage qui authentifie la valeur de nos vacances.  Finalement, elle est garantie de bons moments futurs : on laisse tout simplement fructifier sous les voûtes sombres d’un coffre son capital-souvenirs, et on en obtiendra des bénéfices sûrs lors d’un retrait lointain.

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Mais un deuxième registre lexical s’impose plus brutalement encore, celui de la guerre.  Car la photo se fait aussi capture, prise (en anglais, on shoot), et l’on n’est alors satisfait que lorsqu’on a conquis le territoire étranger (du souvenir) par l’image.

Lorsque j’investis un lieu jugé stratégique pour camper mon souvenir, mon regard aiguisé cherche instinctivement son point fort.  J’en contourne les failles, puis établis ma position, choisis un angle d’attaque, vise et appuie enfin sur le déclencheur.  Veni, vidi, vici, comme tant d’autres j’ai pris d’assaut la Bastille, j’ai sonné la charge contre la Muraille de Chine, j’ai assujetti l’Indigène.  Le touriste photographe n’est pas allé recevoir, il est venu prendre.

La photo se charge alors pour nous de rediviser le territoire annexé (pour nous permettre de mieux y régner), de le purger à notre gré des éléments rebelles : grâce à elle on réécrit l’histoire pour gommer les passages douloureux ou honteux, glorifier les moments où la fortune nous sourit.  On se fait sa petite propagande, qu’on finit par connaître par cœur, et par croire comme étant le seul voyage qui ait eu lieu.

Mais en mettant au pas le souvenir, en le rendant toujours disponible, enchaîné, la photo en brise inévitablement le caractère propre : comme un collectionneur de papillon qui leur brise les ailes pour mieux les contempler.  Ainsi, presque toujours, on soumet les souvenirs plutôt que de les rendre habitables : mettez-y toute la prouesse que vous voudrez, une mer turquoise photographiée n’est jamais que l’information d’une mer turquoise (photographiée), sans le vertige de son champ insondable, l’envoûtement de ses flots, la douce brûlure de son sel, etc.  Or, c’est un peu tout ça qui disparaît lorsqu’on la ramène à un cadre, une luminosité, un grain.

La photographie épuise plus souvent son sujet qu’elle ne le concentre.  Or, ironiquement, sans photo, on vit dans la crainte de l’oubli.  Et peut-être est-ce la peur qui nous pousse à froisser si résolument l’expérience éphémère au profit de l’épreuve certaine.

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Le paradoxe a déjà été établi mille fois, faisant de lui un autre cliché : photographier, c’est passer à côté de la vie (comme bien d’autres activités comme raconter, jouer, aimer).  Il me semble qu’il y a toujours lieu de poser la photographie comme un art riche de sens (par exemple en en faisant une expérience, et non un succédané), qu’on se trompe en statuant qu’il existe deux vases communicants absolument inconciliables en un même instant : le vécu et le vu (qu’on doit choisir : acteur ou témoin), et qu’adopter l’un, c’est exclure l’autre.  Ici, la photo ne serait qu’un moyen absurde, puisqu’il rendrait sa fin, le souvenir, impossible.

Au contraire, les fils de l’expérience et de la distance (esthétique, réflexive ou autre) sont indissociables, et s’entrecroisent forcément pour tisser un moment plus ou moins riche.  Si l’un d’eux faiblit trop, c’est toute la trame qui se déchire sous le poids de recul trop lourd ou s’effiloche sans le support de l’esprit.  Donc, on peut bel et bien se délester volontairement d’expérience si l’on attend qu’elle advienne dans les tranchées de la boîte noire, si l’on débite trop lourdement sur le vécu pour investir dans le souvenir.

Même à plus petite échelle (posons le débit raisonnable d’une photo par jour), en faisant le gain d’un récit partagé (d’une histoire) au gré des épreuves, on démystifie toujours l’expérience du voyage.  Au fur et à mesure que le récit se fige en une version officielle, photoshopée®, racontée à tous d’une manière de moins en moins souple, les émotions, à force d’être usées, se taisent, les impressions deviennent de vagues mots, les aventures se racontent lassement.  Et les images, plutôt que de permettre d’habiter le souvenir, le rendent vulgairement visitable.

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Finalement, passer son voyage à prendre des photos, c’est le vivre a posteriori, par et pour l’instant où l’on s’en souviendra.  Tous les temps de la vie s’y bousculent, ne trouvent plus leur place : en construisant à chaque instant son souvenir, le présent se déguise en passé, auquel seul l’avenir donnera un sens.  Si on voyage ainsi pour mieux se rappeler son voyage, mais que ce faisant, on oublie momentanément de le vivre pour ce qu’il est, on est en droit de se demander à quoi ça tient.  Et les souvenirs, coquilles à demi vides, déjà accumulent la poussière locale sur la tablette.

CKRL, le 13 septembre 2010

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[N.B. Les 3 premières illustrations de cet article (dont le cadre apparaît) sont du photographe néerlandais Roger Cremers, gagnant du World Press 2008 dans la catégorie « Art et Divertissement » pour ses photos de touristes visitant le camp de concentration d’Auschwitz.  La dernière provient de la série Invisible Self-Portraits d’Ellen Harvey, 2007]

En ville sans ma voiture : grosse corvette

13 septembre 2010

Vous en êtes-vous rendu compte, ce mois de septembre, comme bien d’autres avant lui, en est un de tous les transports ?  D’abord, la fin de l’été sonne l’alarme de tous les chantiers : essayez de vous déplacez en ville sans en rencontrer un.  Puis, la rentrée amène un flux persistant des lits aux pupitres ou aux bureaux, et vice versa.  Enfin, pour contester ou célébrer le génie du Transport, on a sacré quelques jours en fin de septembre « semaine des transports collectifs et actifs ».

Derrière cette énième « semaine de quelque chose » se trament des activités militantes telles que forum pour les convertis, distribution aux quatre vents de brochures bien-pensantes, squat de six espaces de stationnement (oui, six espaces individuels !), et pour clore, une énième « journée sans quelque chose », ici la voiture, qui ravit quelques mètres d’une rue inutile aux automobilistes hors des heures de pointes.

Pas entendu parler ?  Pas vu ces curieux rites païens ?  Ça tombe bien, on ne veut justement pas vous déranger dans vos habitudes, que ce soit en vous barrant la route entre votre demeure de Stoneham et votre bureau sur la colline parlementaire ou encore en vous rappelant qu’au rythme où s’accroît le parc automobile au Québec, on se dirige tout droit dans le ravin si on n’étouffe pas avant.

Oubliez, tant qu’à y être, qu’en suivant notre exemple, les Chinois n’auraient pas assez de toutes les routes de la Terre – trottoirs inclus – pour garer leurs engins.  Qu’à Mexico City, on oblige les automobilistes à remiser leur voiture une journée sur deux pour atténuer un peu l’expansion du plus gros dôme de smog au monde.

Vous déranger ?  Y pensez-vous !  Circulez : la lumière est verte.

On entend déjà les bulletins de circulation de fin d’après-midi : circulation fluide, sauf les ordinaires congestions aux principales artères et sorties de la ville.  Oh ! et, quelque part entre Charest et la côte d’Abraham, la ringardise surannée des Lost Fingers en bruit de fond.

Ouf, on l’aura échappée belle : Encore un accident de conscience collective désamorcé : le bouchon bien enfoncé, tout est stable.

Accès Transports Viables (ATV), organisme aux intentions parfaitement louables, nous organise cette belle semaine à l’image de la ville : vue du pare-brise lorsqu’on se retrouve pare-choc à pare-choc durant une heure : on la traverse sans la voir, parce qu’elle n’a pas été invitée.  [Note à part : « Inviter » est le vocable poli qu’ont trouvé les rhéteurs de la bonne cause pour éviter la comparaison avec les anarchistes, les étudiants socialistes ou tout autre empêcheur de tourner en rond.]

Certes, on ne vit pas tous en ville, mais à tout le moins elle nous fait tous vivre.  On respire en elle, on travaille pour elle ou par elle, on y prospère et on y prolifère.  Pourtant, loin d’être le lieu de rencontre qu’il devrait être, le centre-ville de Québec demeure pour beaucoup une sorte de matrice abstraite (prenez par exemple le cas de quelqu’un qui habite l’Île d’Orléans et travaille au Parc technologique), un passage obligé quotidien, voire un pis aller.

Le trafic aberrant pour le nombre record de tronçons routiers à gros débit au prorata témoigne de cette relation superficielle et désincarnée qu’ont la plupart des habitants de Québec avec leur centre-ville.  « En ville sans ma voiture » aurait pu être l’occasion de mieux comprendre cette ville, peut-être même de la vivre autrement, au lieu de quoi on nous sert un cocktail sans surprise de beaux discours, d’exemples éloquents venus d’ailleurs, d’ateliers divers et de spectacles de circonstance.  Le tout offert à une poignée de prosélytes qui a du loisir un après-midi de semaine : sûrement pas le père de famille qui fait du 9 à 5 et qui doit traverser le centre-ville pour aller chercher son enfant à la garderie de Val-Bélair ½ heure plus tard.

En fait, de tous les problèmes urbains : pauvreté, crime, gestion des déchets, etc., le trafic est celui qui affecte le plus de gens et qui, pourtant, mobilise le moins.  En fait, contrairement aux précédents problèmes, il est plutôt vu comme un mal nécessaire.

À propos, vous connaissez peut-être cette métaphore de la grenouille dans l’eau chaude : qu’on l’y mette directement, elle se brûle et s’en extirpe immédiatement.  Mais si on la met dans l’eau tiède et qu’on augmente tranquillement la température, la grenouille reste et accepte le changement jusqu’à mourir ébouillantée.

Vous me voyez venir : avec un peu de recul, qui aurait accepté de respirer tant de pollution quotidiennement, de risquer tant de fois sa vie et celle de ses proches dans le trafic, de soutenir tant de bruit, de subir tant de rage et de stress, globalement, systématiquement ?

Pourtant, si on se contente de fermer la rue St-Joseph sans déranger personne, pour amuser (conscientiser ?) quelques passants, c’est pas demain la veille qu’on va sortir du fossé le dialogue entre piéton, cycliste, automobiliste et autres usagers de la route.

50 ans d’implantation de la voiture dans notre quotidien jusqu’à faire de nos villes des passoires à voitures, ça ne se corrigera pas à coup de « y faudrait ben » et d’« invitations ».

Sur une échelle de 1 à 10 ; 1 étant la chaîne de montage et 10, la chaîne de trottoir, c’est-à-dire entre le discours « libertarien » du « tout-à-l’auto » et la quasi-absence de discours philosophique sur nos modes de transport, je situerais le ramassis de bonnes intentions chiffrées qu’on nous a concocté à ATV à 5.  5, C.-À-D. bien campé sur les rails imaginaires du réalisme pragmatique de gauche, où l’on tente de détourner le discours de droite (pro-économie, pro-santé, pro-qualité de vie) vers une voie mitoyenne où la voiture céderait un peu d’espace au tramway, au TGV, au vélo, à l’autobus, au piéton, etc. ; et à partir de là, on espère pieusement que de petits changements amèneront de plus en plus de gens à agir et à penser différemment, et ultimement à de grands bonds dans la conscience publique.

Rien de mal là-dedans bien sûr, et comme le poncif le veut, personne n’est contre la vertu.  Le problème, c’est qu’à cette allure, la situation s’empirera longtemps avant d’être meilleure : il y aura de plus en plus de smog à Québec, de maladies liées à la pollution atmosphérique, de rage au volant, et bien sûr de bouchons de circulation.  Bref, le ravin arrive bien avant la belle courbe politique que nous dessine ATV.

« En ville sans ma voiture », c’est comme prendre une journée de congé alors qu’on frise le burn out ou faire une sieste pour guérir une psychose.

Certainement, du haut de leur tour de bonne volonté, ATV – et AMT à Montréal – vous diront qu’ils ont adopté une stratégie positive, ouverte et constructive.  Mais derrière les invitations volontaires et la politique molle, on conçoit le problème de la voiture – plus particulièrement en ville – comme contournable, à l’instar des activités présentées par cet organisme bienveillant.

On se targue que 92 % de la population de Québec a « entendu parler » de l’événement l’an dernier, mais quand bien même toute la province était d’accord sur le fait qu’il faudrait ben faire quelque chose, ça ne créerait pas le début d’un consensus.

Sondez plutôt vos cœurs : qui est intéressé à brader la commodité, la liberté et la puissance qu’offre l’automobile contre une promesse un peu abstraite de santé (« de toute façon, je m’entraîne trois soirs/semaine »), de qualité de vie (« s’ils n’aiment pas ça, la ville, qu’ils aillent vivre en banlieue eux aussi ») et de convivialité (« j’aime mon pays, mon voisin je l’haïs », comme Richard Desjardins le faisait dire au « gars qui a réussi ») ?  Pas grand monde en vérité.

Pire, les événements du genre « En ville sans ma voiture », tels qu’ils sont, tricotés de vœux pieux, justifient plus qu’ils ne la contestent la nécessité automobile en mettant la pédale douce sur la réalité fondamentale : la voiture, en ville ou ailleurs, et de quelque façon qu’on la conçoive, porte atteinte à presque tous les droits fondamentaux de ceux qui, généralement ou momentanément, n’y sont pas ; ainsi qu’à ceux qui y sont d’ailleurs.  Pollution, stress, apathie, bruit, danger physique, agressivité, solitude, impossibilité de circuler, hideur esthétique (échangeurs au centre-ville, autoroute qui traverse un quartier résidentiel), c’est cher payer les rares occasions d’indépendance qu’elle apporte.  Et pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, engager le débat en allant dans le sens du trafic, c’est contribuer à l’engorgement de la (bonne) conscience collective et à l’enracinement du mythe de l’auto.

La rentrée déchaînée

6 septembre 2010

La Fête du travail, déjà passée.  Les premières feuilles mortes, déjà tombées.  L’été s’achève en un grand soupir dans lequel s’éteint la promesse de loisir, d’aventure et de liberté.  Tandis que s’épuise le flux et reflux d’activités estivales qui ponctuaient nos vacances (voyages, festivals, marchés publics, pique-nique, terrasses), on sent la ville qui reprend un souffle qu’elle avait seulement suspendu.  Et tous ses habitants en même temps prennent une grande inspiration et replongent dans la mêlée…

Ce phénomène, qu’on appelle gentiment la rentrée, que vous soyez étudiant ou travailleur, décrocheur ou chômeur, vous touche souvent de plus près qu’aucun autre moment fort du calendrier : temps des fêtes, vacances de la construction, congé pascal confondus.  Contrairement à tous ces exemples, il marque la reprise d’une activité, et non son interruption.

C’est donc à la fois la fin d’une période de liberté (toujours déplorée) et l’ouverture d’une fenêtre de possibilités inouïe.  La rentrée signifie pour beaucoup d’Occidentaux une réinscription dans la vie active après une période de flottement plus ou moins longue où l’on se déploie dans l’espace et dans le temps différemment que durant la période d’activité rarement interrompue qui nous prend en septembre et nous mène en juillet pour les plus régulés d’entre nous.

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Après l’agitation tout animale des vacances, l’humain aime se rassurer sur la disponibilité de ce lopin de terre où il a décidé de planter ses racines et fonde avec l’avenir une sorte de pacte ; du moins, il s’en promet, de l’avenir.

C’est donc une promesse d’épanouissement tous azimuts que propose la rentrée :

  1. Épanouissement d’abord professionnel ou intellectuel, puisque c’est le moment de se réengager dans son emploi ou sa formation avec un souffle renouvelé et poussé par une ambition plus forte qu’en tout autre moment : les promesses de performance et de connaissance abondent.  Le zèle de l’un n’a d’égal que l’enthousiasme de l’autre.
  2. Épanouissement social ensuite, puisque l’on renoue avec son entourage immédiat, c.-à-d. les fréquentations du quotidien, autant le coloc de cubicule que les rencontres laissées au hasard des horaires, le gars du dépanneur du coin, la voisine toujours sur sa galerie, etc.  Toutes ces relations n’ayant de prometteur que leur relative garantie d’ininterruption et de fréquence bien souvent absentes l’été.
  3. Finalement épanouissement culturel, bien sûr, puisque c’est à la rentrée qu’on met en veilleuse le cinéma-guimauve, le théâtre d’été, les festivals poussiéreux, les hommages et les attrape-touristes en tous genres, et que les programmations plus flamboyantes et audacieuses les unes que les autres se déploient avec la même grâce que la queue du paon.

Tout cet épanouissement promis n’est en fait qu’une possibilité d’approfondir son rapport avec son environnement, d’y enfoncer ses racines, d’y déployer son être.  C’est donc le contraire de l’éparpillement des vacances estivales durant lesquelles, même si quelques-uns prennent des habitudes plus végétales, on cherche plutôt une liberté de mouvement et de temps absolue, propre à l’animal.

Et comme on s’installe quelque part en cherchant à faire en sorte que le quelque part nous ressemble, on s’installe dans un horaire en y ajoutant ce qu’on souhaite voir de soi chez soi.  Les sorties ainsi meublent et teintent l’horaire entier.

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À la rentrée, la fenêtre de liberté s’est refermée presque totalement, laissant à peine entrer un souffle qui portera un rêve (ou un regret) d’été tout au long de l’année.  C’est le moment choisi pour reposer les termes de l’entente qui nous lie avec l’espace et le temps qui nous appartient (ou auxquels nous appartenons, puisque l’ordre des termes importe aussi, beaucoup).

C’est donc le moment fatidique de l’année (c’est-à-dire un moment où, si l’on prend la peine de s’y pencher, on peut lire l’avenir), celui où l’on renouvelle ou renégocie son bail avec la vie après l’errance spatiale et existentielle plus ou moins sensée de l’été.

La rentrée pose aussi un paradoxe : si l’on échange la liberté et la disponibilité de l’été contre les chaînes de l’horaire et des responsabilités, à quoi bon, à quoi bon se retrouver devant tous les possibles ?  Mais si l’immobilité et l’occupation semblent être une condition sine qua none quelque peu contradictoire pour vivre les promesses de la rentrée, on est en fait prisonniers de sa routine que si l’on condescend à considérer la contrainte évidente de l’horaire et de l’enracinement comme une geôle et qu’on s’y enferme soi-même – ou qu’on la fuit trop obstinément.  Si le travail ou les études nous empêchent de sortir ou d’occuper notre temps comme bon nous semble, du moins peut-on creuser verticalement un rapport plus solide avec cet espace dans lequel on s’enracine et donner aux quatre murs de notre temps une couleur plus vraie.

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En somme, lorsqu’on est rentré et que l’on s’est convaincu que l’ici où l’on a décidé de s’enraciner existe bien même lorsqu’on est ailleurs et qu’on l’a risqué dans un coup de liberté, on est placé devant la nécessité apparente (mais le choix en réalité) de renouer ses liens avec cet ici ou non.

Le choix de l’enracinement coûte la liberté qu’offrent les vacances d’été, que ce soit dans l’activité de l’aventure ou dans la passivité du repos.  Par contre, en imaginant un vacancier perpétuel, supposant que celui-ci ait les moyens de cette incongruité, celui-ci serait forcé de prendre connaissance du fait que le mot vacance recèle une homonymie embêtante puisqu’elle qualifie, au singulier, le lieu (ou l’être) vide.  Celui qui voyagerait toujours, sans domicile ni occupation fixe finirait par n’occuper aucun lieu, ni aucun moment, et par se déserter lui-même en entretenant avec son monde un rapport strictement horizontal, mais sans horizon, car sans racines.  La raison d’être d’une telle personne serait un éternel alibi : elle serait éternellement ailleurs, sans être jamais ici.  En niant la limite des possibilités de l’expérience humaine, cet homme jouissant d’ubiquité nierait sa propre existence.

Par contre, guère avantageuse la position du travailleur ou de l’étudiant qui n’attendrait les vacances que pour se délivrer de son fardeau ; il n’accomplirait rien de plus que notre vacant errant, car il n’accepterait pas pleinement de rentrer, et n’actualiserait jamais les promesses de l’ici choisi, y demeurant en surface seulement.  La résignation n’est jamais un geste héroïque.

Ici et là, que l’eau soit turquoise ou grise, on nage en pleine insignifiance. 

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Accepter de rentrer, c’est se gagner une nouvelle liberté, et totale puisqu’elle occupe les deux côtés de l’équation : c’est être libre de sa liberté, la seule qui soit vertigineuse, avançant en équilibre sur le fil de son existence.

— esquissé sur CKRL par un beau matin de septembre

Miraculé solaire [Wavves | King of the Beach]

31 août 2010

Résurrection du mois d’août :

Wavves | King of the Beach
Fat Possum | grunge de plage (FPS O)

En suivant la trajectoire de la comète Wavves, les plus endurcis zélateurs du prodige californien durent se rendre à l’évidence : la collision avec le proverbial mur était imminente et lui serait fatale.  Il était pourtant écrit que, comme dans les meilleurs films hollywoodiens les héros se relèvent pour empêcher les pires machinations, ici aussi une pure volonté et une équipe de cracks sauraient remettre sur de droits rails une destinée manifeste.

Février 2009 — Les arcanes d’Internet sont impénétrables.  Des premiers accords – qui menèrent promptement à deux albums (Wavves et Wavvves) produits coup sur coup au domicile familial, sans équipement, sans technique, sans intention autre que de tromper l’ennui – à la gloire (assortie d’une tournée mondiale), à peine un an se sera écoulé dans la vie de Nathan Williams.  Alors, après lui avoir taillé à coup de scie à chaîne une place au soleil, la propension du jeune homme à n’en faire qu’à sa tête commença à le desservir.  Mai 2009 — Les déconvenues publiques se multiplièrent à un rythme propre à défriser les plus hardis lecteurs de tabloïds : prestations désastreuses, concerts annulés sans raison, insultes au public et même bataille au sein du groupe (alors uniquement un batteur heureusement).  Mélanger alcool, ecstasy, Valium et Xanax avant de monter sur scène ?  Allez, on n’a qu’une fois vingt-deux ans.  Bien sûr, les excuses subrepticement offertes n’effacèrent pas la disgrâce rapidement propagée de blog à oreille.

Enfin, Williams s’étant montré si résolu à battre de vitesse Bon Scott sur l’autoroute qui mène à l’enfer des rock stars, peu étaient disposés à parier que ce messie-là reviendrait des morts et produirait, quelques mois à peine après avoir connu son Calvaire, un des plus beaux disques à paraître sous le soleil en 2010.  Et pourtant, tellement de choses attestent le miracle qu’est King of the Beach. À commencer par l’absence totale de repentir.  C’est le poing levé bien haut, le regard clair, fixé sur l’horizon, que Nathan entame sa réhabilitation dès les premières notes : « Let the sun burn my eyes/Let it burn my back/Let it sear through my thighs/I feel wide, wide open ».

Pas d’hésitation, pas de tâtonnement, pas de résignation surtout.  Si les mots ne vous convainquent pas (« You’re never gonna stop me », scandé inlassablement), le caractère adhésif des mélodies (pour lesquelles Williams est particulièrement doué) et la vigueur rythmique déployée par les anciens compères de musique de feu Jay Reatard achèvera de vous persuader qu’il a raison de ne douter de rien.

Punk, Wavves l’est assurément, mais jamais d’une façon convenue.  En fait, c’est surtout le dégoût  de soi et l’ironie cinglante du grunge qu’on sent revivre en lui, celui de la génération slacker de Nirvana et des Pixies.  Toujours franchement je-m’en-foutiste, légèrement surréelles itou, les paroles de Williams ne feront scier aucun barreau à l’Académie des Belles Lettres, mais peut-être verser quelques larmes dans les résidences collégiales : « I still hate my music/It’s all the same/But it trips like posture/My head just hangs/And I hate myself, man/But who’s to blame?/I guess I’m just fucked up/Or too insane » (« Take On the World »).  Mais déjà une nuance s’esquisse au détour de tel couplet qu’aurait pu chanter Cobain ; le dégoût de soi s’y transforme en une sorte de dignité capable de soulever des montagnes : « Because if it’s our way/To take on the world/It would be somethin’ ».

C’est là la différence profonde entre les précédents albums de Wavves et le présent : l’effort et l’enthousiasme.  Des perles évocatrices comme « So Bored » ou « No Hope Kids », par nonchalance jetées aux cochons sur le précédent album, se transforment ici en joyaux grâce à une écriture solide qui ne laisse pas place aux errements musicaux (pas de morceaux expérimentaux ici, contrairement aux deux premiers albums) ni aux maladresses immatures (comme la répétition des termes « Goth » et « Demon » dans pas moins de huit titres sur Wavvves).

Une production resserrée signée Dennis Herring, surtout, donne à King of the Beach ce lustre de grand album.  Même si les premières notes qui propulsent l’album affectent aussi véridiquement que possible le son de la canne qui fut cher à tant, l’oreille ne s’y trompe pas : tout le labyrinthe frémit de plaisir où il avait auparavant été écorché.  La barre en main et tenant bon le cap, Herring permet à sa bande de batifoler et de prendre certains risques calculés.

Ainsi, pour enchaîner ses hymnes au soleil, aux cartes de baseball, à Mickey Mouse, à la plage et à tout ce qu’il y a de plus californien, Nathan Williams dispose d’une nouvelle palette sonore qui tire dans toutes les directions sans jamais s’éloigner du but : à l’urgence du mouvement no-fi/noise-punk (No Age, The Death Set), il ajoute des teintes psychédéliques (« Mickey Mouse » rappelle presque trop Animal Collective), des accents surfs (« Post Acid »), et une touche de mélancolie plus recueillie qui laisse présager une maturité chèrement acquise (« Baby Say Goodbye »).

Ayant les bonnes portes enfin ouvertes devant lui, Wavves prouve qu’il sait prendre les bonnes décisions.  Et la célébration solaire qu’est King of the Beach, nouvelle ascension plus sage mais non moins exaltante de notre Icare, brûlera longtemps après que cet été ait éteint ses feux.

[Par ailleurs, Wavves sera en concert avec Phoenix et Tokyo Police Club au CEPSUM de Montréal le 21 octobre prochain.]